La tactique de migration est un phénomène répandu chez beaucoup d’espèces animales et est généralement considérée comme une adaptation à des saisons changeantes, un des objectifs étant par exemple de passer l’hiver dans des endroits plus cléments. Cependant, les causes de la migration ne se résument pas uniquement à cela et plusieurs autres facteurs sont nécessaires pour expliquer les patrons de migration (figure 1).

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Figure 1 : Les effets de la migration

Alors que certaines espèces sont sédentaires ou migratrices, d’autres espèces sont composées à la fois d’individus migrateurs et d’individus sédentaires. On dit alors que ces espèces sont à migration partielle. C’est par exemple le cas de l’élan, mais aussi chez du cerf, du chevreuil, du bison, du wapiti…

Le fait que ces deux tactiques soient présentes chez une même espèce est généralement expliqué par (1) l’absence de différences de reproduction et survie entre les deux tactiques, ou (2) parce que les différences de reproduction et de survie sont contrebalancées selon la tactique (= migrer augmente le risque de mortalité mais ceci est contrebalancé par une moins bonne reproduction chez les sédentaires).

Ici, nous nous intéressons à une population d’élans (Alces Alces) vivant au centre de la Norvège et de la Suède. En hiver, les sédentaires et les migrants occupent les mêmes zones de basse altitude où la quantité de neige est moins importante qu’à haute altitude, et où se déplacer et trouver de la nourriture est donc plus aisé. Au printemps et au début de l’été, les migrants rejoignent des plus hautes altitudes. Cependant, qu’en est-il des différences de survie et de reproduction entre ces deux tactiques ?

Pour répondre à cette question, des chercheurs ont posés 82 colliers GPS sur des femelles élans et ont relevé la survie et la performance reproductive (=le nombre de jeunes produits par femelle) de chacune entre 2006 et 2008 afin de comparer les différences entre migrants et sédentaires.

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Figure 2 : Localisation moyenne des femelles élan en été (triangle) et en hiver (cercle), pour les sédentaires (rouge) et les migrantes (noir)

Parmi les 82 femelles suivies, les tactiques se répartissaient comme suit :

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Les migrantes parcouraient en moyenne 35,7 km entre leur zone d’hiver et d’été et utilisaient en été des zones plus hautes en altitude de 100-150 m par rapport aux zones d’hivernage utilisées par les migrantes et les sédentaires.

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Enfin, les femelles migrantes avaient 1,8 fois plus de chances de donner naissance à des jumeaux que les sédentaires, aucune différence n’ayant été observée quant à la survie des adultes et des jeunes.

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Les auteurs suggèrent que le plus haut taux de jumeaux chez les migrants serait une conséquence de la migration permettant aux femelles d’accéder à une nourriture de meilleure qualité, comme cela a déjà été observé chez, le cerf, le wapiti ou le renne.

Pour conclure, la tactique de mouvement choisie influence la reproduction des individus, mais les mécanismes expliquant cela doivent être étudiés plus spécifiquement, ainsi que la persistance du comportement de migration dans le temps et d’une génération à l’autre.

 

> Pour les plus curieux

Au vu du bénéfice de la migration sur la reproduction, nous pouvons nous demander : « Pourquoi n’y a-t-il pas une plus grande proportion de migrants dans la population ? ».

Plusieurs hypothèses peuvent expliquer cela :

– La proportion de migrants observée ici serait un phénomène temporaire expliqué par le récent changement des conditions environnementales. Le climat plus chaud en été et l’augmentation de la longueur de la saison de végétation participent à l’augmentation de la quantité et de la qualité des ressources à plus haute altitude favorisant ainsi dans le futur les comportements migratoires.

– Si tous les élans migraient, nous nous attendrions à une plus forte compétition pour la nourriture dans les zones estivales et donc à des effets négatifs sur la survie et la reproduction des individus, menant au final à la coexistence des deux tactiques.

– Les jeunes n’ont pas forcément le même comportement migratoire que la mère, ce qui n’entraînerait pas une augmentation de la proportion de migrants dans la population.

 

>> Pour les «  encore plus » curieux

On fitness and partial migration in a large herbivore – migratory moose have higher reproductive performance than residents. Christer M. Rolandsen, Erling J. Solberg, Bernt-Erik Sæther, Bram Van Moorter, Ivar Herfindal and Kari Bjørneraas. Oikos. 2016.

M.B.

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